mardi 2 octobre 2012

Embrasse-moi

Je suis rentrée fatiguée hier dans cette maison vide. J’ai repassé l’album que je t’ai offert. Et je me suis endormie sur les rythmes de la première chanson. Je ne me souviens jamais de mes rêves. Mes excursions avec Morphée ne me laissent que de vagues impressions.
Quand je me suis réveillée sur mon canapé au milieu de la nuit, il y avait sur mes lèvres la sensation d’un doux contact. J’ai le sentiment d’avoir approché ma bouche d’une surface veloutée. Un effleurement, à peine une caresse. La pulpe de mes doigts vibrait encore d’avoir suivi quelque courbe de chair. Je suis restée couchée sans bouger, j’ai laissé venir à moi la mémoire imprécise. La musique était finie, je n’ai pas osé la remettre, au risque de casser le fil qui me reliait à mon rêve.
J’ai meilleure mémoire quand je suis éveillée. Le chatouillis de tes murmures amusés parcourt encore ma nuque d’un frisson. Ta voix souffle encore à mon oreille des images de miel et de lait. Ce cantique qui m’a envoûtée, l’as-tu rejeté dans les oubliettes de ton esprit ?
Ton sourire me parcourt encore et la tendresse dans tes yeux dorés m’inonde de douceur. Tu as posé sagement tes lunettes, et tu les as rangées pour ne pas les oublier, avant de prendre ma bouche pour le baiser que j’attendais. J’ai aimé tes mains solides autour de moi.
Tes doigts qui redessinent mes traits ont tracé des chemins que j’ignorais, ma joue sous ta caresse, mon cou sous tes baisers.
L’odeur de ta peau et de ton parfum emplissent ma bouche.

Embrasse-moi encore.

Tes bras m’ont attirée contre toi, ta chaleur m’a aspirée. Accolés, enlacés, il n’est pas de plus belle danse.
Tes mains écartent mes vêtements, tu m’effeuilles, tu m’effleures. Ta chemise s’ouvre peu à peu sous mes doigts impatients.
Je vis loin de toi, nos rencontres s’espacent, tu me manques, malgré les lettres, les messages, malgré le téléphone. J’ai faim de toi, et ton absence m’étouffe. Je vis en sursis, suspendue à ces trajets qui me ramènent vers toi. Le fil ténu qui me relie à toi s’use. Tu te fais moins empressé, moins présent, tu vis loin de moi, j’avance péniblement vers toi.

Embrasse-moi encore.

Les mains sur les muscles de ta poitrine, je cherche les battements de ton cœur. Je reprends ma place dans tes bras, tu glisses un mot doux dans mon oreille, je sens ton sourire dans mes cheveux. Tu me déshabilles, tu me caresses, tu me connais par cœur. Mon épaule, mes seins, tu me dévores de baisers. J’ai besoin de ta présence, chacun de tes mots me manque. Le temps que je reste suffira à peine à combler nos désirs, je repense sans cesse aux jours que nous avons passés ensemble.

Embrasse-moi encore.

Nos corps se trouvent. Je voudrais garder un signe de ta présence concrète avec moi. J’ai trainé partout le livre que tu m’as offert, je l’ai lu, relu, comme une enfant garde son doudou avec elle. Je compte les jours qui me séparent de toi, là-bas, je compte les heures que je passe avec toi, ici.

Embrasse-moi encore.

Demain, je partirai seule vers mon quai de gare. Tu ne m’accompagnes pas. Je préfère te quitter au seuil de ta vie, au pas de ta porte. Tu rêves, tu dors, tu m’échappes. Dans le sommeil, ta main sur ma poitrine se fait plus lourde, glisse, m’abandonne. J’ai froid. Ne reste de nous deux que ces étreintes trop rares.

Embrasse-moi encore.

Dans ta bouche, je bois le vin enivrant, la source de ma folie. Je suis trop seule, trop loin. Les autres m’indiffèrent parce qu’ils ne sont pas toi, parce qu’ils ne me ramènent pas vers toi. Tu ris, tu secoues les épaules et tu te penches vers moi. Enfermés dans la caverne de ta chambre, nous sommes seuls au monde, et seule existe la danse du plaisir.

Embrasse-moi encore.

Je veux boire sur tes lèvres ma dernière gorgée d’hydromel. Une potion bien plus amère m’attend.

Embrasse-moi encore. Une dernière fois.

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