Mon amour, ne
reviens pas. Où que tu sois ne reviens pas. Je suis lasse de t’attendre, je
suis lasse de tout. Tu as quitté ta sœur, ton épouse, pour la guerre, tu es
parti le sourire aux lèvres pour cette bataille et moi je ne t’attends plus.
Les saisons ont passé. Chémou a déposé ses vents brûlants sur les rives, les
barques lentes ont cherché en vain le courant, les hommes ont pesé sur les
rames. Puis tout s’est arrêté et la crue victorieuse a regonflé le flot, envahi
les canaux, apporté le limon généreux dans les champs inondés. Les prêtres ont
arbitré les querelles, l’eau s’est retirée et on a semé l’orge et le blé. Les
laboureurs ont sorti leurs bœufs, la terre s’est laissée ensemencer. Les yeux
des embarcations sont revenus guetter le fleuve et ses pièges. Les champs
alanguis se sont prêtés à la moisson, les cours ont lancé dans le vent des
nuages de poussière, on a rentré les récoltes.
Les nénuphars
se balancent à peine dans le bassin. Depuis que tu es parti, tout s’est arrêté.
Le jardin semble garder ses trésors pour ton retour, les serviteurs se trainent
au long des allées, je suis devenue une ombre nonchalante et tardive. Nul n’a
apporté de nouvelles, je sais seulement que tu n’es pas mort. Je sais que tu es
loin, que tu tiens fermement ta lance et ton glaive, et ma main sur le calame
s’amollit, se fane. Treize lunes, trois saisons et je n’ai plus l’espoir de te
voir. Mon frère, mon époux, ne reviens pas. Où que tu sois ne reviens pas.
Mon père est
mort au milieu d’Akhet. J’ai donné son corps à la Maison des morts et je l’ai
conduit à sa belle tombe. Le prêtre lui a ouvert les yeux et la bouche et nous
l’avons abandonné à son dernier banquet. Mon cœur n’est pas triste, mon père
était un juste, son âme ne devait pas peser plus lourd qu’une plume. Je vais
souvent lui porter des offrandes. Notre intendant administre sagement ses
biens.
Voilà treize
longues lunes que tu es parti et nous sommes à nouveau à la fin de Chémou. Mon
frère, mon époux, ne reviens pas. Où que tu sois ne reviens pas. Je n’attends
plus ton retour. Dans les grandes pièces de cette belle demeure, les tentures
de lin pendent sans souffle. Il n’y a plus d’amour dans mon cœur pour toi. Le
lit est seul, la maison est hantée d’âmes languides. Je partirai bientôt pour
un des beaux domaines de mon père et je laisserai les palmes audacieuses, les
nénuphars endormis.
Tu as choisi
de suivre ta lance victorieuse, et tu n’es pas revenu. Qu’elle soit ta
compagne, ta sœur et ton épouse.
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